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En librairie le 24 août 2016 |
Songe à la douceur de se remettre
enfin à lire après 6 longs mois sans lire une ligne de roman. Songe à ce
plaisir, lorsqu’enveloppé par les rayons déclinants d’un soleil estival, je me
suis plongé avec délice dans cette pépite. Pour n’en ressortir qu’au dernier
mot, heureux, souriant, gonflé par un positivisme, un soleil et une passion que
ce romain avait faits naître.
C’est un peu compliqué pour moi … Je ne sais pas par où commencer,
hésitant comme à mes débuts. Tenez, je vais commencer par vous dire de quoi
Clémentine Beauvais nous parle par exemple.
Songe à la douceur, c’est ce pari un peu fou d’écrire une suite, de
transposer une histoire à notre siècle et de l’adapter. Clémentine Beauvais a
tout simplement décidé de reprendre l’histoire d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine, paru en 1837 et de
l’amener à notre siècle. Au fil des pages, on découvre l’histoire d’Eugène et
Tatiana. L’histoire d’Eugène et Tatiana en 2006, alors qu’ils sont adolescents,
et l’histoire d’Eugène et Tatiana en 2016, lorsque, bien par hasard, tous deux
se croisent dans le métro parisien un beau matin d’hiver. Tout du long, on
alterne entre des chapitres en 2006, qui narrent la genèse de leur relation,
leurs aventures, leurs erreurs et leurs passions, et des chapitres en 2016 qui
nous dévoilent une nouvelle page de leur histoire commune, où ils n’ont cesse
de s’entrechoquer, de se frôler, de se redécouvrir. Et de s’aimer sans se le
dire vraiment. Clémentine Beauvais nous offre ici un beau roman sur l’Amour, un
roman juste, frais et délicat.
Donc, l’auteure décide de transposer un classique russe en roman pour
la jeunesse, d’inventer une suite, et en plus elle le fait bien. Bon ok. Ce
n’est pas non plus exceptionnel. Ah oui elle l’a écrit en entier en vers
libres. Ah oui. Bon. Je vais vous dire ça.
Parfois, la forme s’associe avec
le fond à un point où l’œuvre devient chef-d’œuvre, où le talent devient génie.
Je classerai sans aucune once d’hésitation Songe
à la douceur dans cette case, si tant est qu’on puisse le classer.
Pourquoi ? Tout simplement parce que Clémentine Beauvais réussit l’exploit
de nous raconter une histoire moderne inspirée d’un classique en vers libre. Du
premier mot jusqu’au dernier, ce roman est un long poème. Je me suis plusieurs
fois surpris à remarquer les jeux de sonorités, à voir comment ceux-ci
permettaient de mettre en avant un passage, une phrase. Je me suis amusé à voir
comment la forme servait le fond. Après tout, quoi de mieux que la poésie, sa
noblesse et sa douceur, pour déclamer son amour ? Je dois vous avouer
qu’au début, c’est un peu étrange. Il faut s'habituer à la forme, au style.
C’est vraiment différent. Puis tout ça disparaît. On est emporté dans le
torrent rythmé des jolis mots de Clémentine Beauvais. Véritables pantins,
cueillis par la musique, éblouis par la beauté, on suit sans hésiter la voix
qui nous chante cette histoire.
Tibo ! Tibo (directeur de la collection Exprim’) ! Faut
mettre ce texte sur les planches d’un théâtre ! Ça va tellement déchirer !
Ça serait genre … magique *.*
Quand je pense à ce roman, je ne
peux m’empêcher de penser à la myriade de choses dont l’auteure nous parle au
travers de ses mots. Elle parle bien sûr d’amour. D’amour brûlant, d’amour
dévorant. De l’Amour, celui qui transporte, qui fait rêver et battre les cœurs
plus vite. De l’Amour passion. Elle évoque aussi l’amitié, la force de ce lien
entre deux personnes, proches de l’amour sans jamais l’être vraiment, un lien
fort, puissant, mais qui peut faire mal quand il se brise, encore plus mal que
l’amour. Puis, elle dépeint si justement cette période qu’est l’adolescence.
Cette période où la demie mesure n’existe pas, où le compromis, la tempérance,
la modération sont des gros mots. Elle
décrit avec brio cette période d’entre deux, où l’on sent l’enfance s’en aller
et les responsabilités arriver. Cette période pleine de doutes, d’espoirs,
d’énigmes, de mystères et de découvertes. Ce moment si délicat où l’on a la
possibilité de commencer à se bâtir un futur, un avenir. L’avenir, Clémentine
Beauvais l’évoque aussi. Des sacrifices qu’il exige, des paris qu’il faut faire
pour qu’il puisse arriver. Puis pêle-mêle, elle évoque la famille,
l’université, l’art, Paris, Caillebotte,
San Francisco, … Et en plus, elle parle de tout ça très bien. Vraiment,
vraiment très bien.
Je trouve aussi qu’il y a une
dimension philosophique énorme dans ce roman. Et surtout, on voit des
philosophies complètement opposées s’entrechoquer, se croiser et s’affronter.
L’optimisme ? Lensky définitivement. Jeune homme insouciant, heureux,
jovial, souriant, amoureux des mots, il déclame en slam sa flamme pour Olga,
pragmatique, presque cruelle, enfantine. Puis il y a l’Eugène adolescent,
pessimiste sans fond, sombre sans être noir, blasé, émerveillé par rien, ennuyé
par tout. Face à lui s’oppose Tatiana, passionnée, animée d’un feu que la
littérature nourrit sans cesse, bercée par ses rêves, et ses illusions qu’elle
s’applique à entretenir. Et puis ce retournement, cet inversement comme des
vases communicants …
Si je ne devais donner qu’un seul
mot pour définir ce roman ? Passion. Car finalement c’est véritablement ce
dont nous parle Clémentine Beauvais. De nos passions, motivées par nos
pulsions. De comment nos passions nous font avancer, nous obsèdent et nous
gouvernent, combien y résister est dur, et terriblement coûteux. Combien y
céder peut être dangereux. Elle parle de nos passions, nécessaires à la Vie,
dangereuses pour notre vie. Et puis parce que je suis ressorti de ce roman
passionné. Plein d’espoir, de rêves, de bonheur. Ce roman emplit de joie. Il
est sensible, il est délicat, et puis il y a cette petite touche d’humour.
Cette narratrice, que je me suis imaginé être l’auteure herself, et qui commente, parle, dialogue avec ses personnages.
Humour, beauté, sensibilité, réflexion … et si tout y était ?
Je discutais il y a peu avec deux
libraires formidables d’une librairie bordelaise au logo bleu et carré qui me
disaient qu’elles n’avaient toujours pas trouvé les mots pour parler de ce
roman. Moi, j’en ai trouvé quelques-uns. Oh certainement pas les meilleurs,
certainement maladroits. Mais je crois que cela tient au fait que ce roman
touche à l’indicible. Il est en plein cœur dans la fonction de l’Art :
dire l’indicible, montrer l’invisible. Un peu comme si Clémentine Beauvais
avait soulevé un peu le voile que la Vie pose sur les évènements afin de nous
en montrer les dessous. Alors non, bien sûr, on ne pourra jamais en parler
comme on le voudrait tant il sort de l’ordinaire, tant il est juste, tant il
est vrai. Lire ce roman, c’est se voir ouvrir son propre cœur, c’est tomber
amoureux une fois, deux fois, trois fois, à toutes les pages retomber amoureux.
Et on ne peut pas toujours évoquer ce qui nous a touché profondément, par
pudeur sans doute, par timidité certainement.
Songe à la douceur de lire la réécriture d’un grand classique en
vers. Un roman qui saura vous toucher, vous émouvoir et vous réfléchir.
Songe à la douceur de lire ce joyau,
cette pépite, sur le sable chaud, ou au coin de la cheminée, ou dans un lit, un
canapé. Songe simplement à cette douceur-là, peu importe le lieu, peu importe
le moment.
Cet Exprim’ est un chef-d’œuvre, l’un des plus grands car il est sur
la forme et sur le fond original, car il est audacieux, et qu’il est
définitivement de l’ordre du Sublime. Plus qu’une pépite, plus qu’un joyau, ce
roman est une étoile.
Une étoile solaire, brillante, rayonnante et éclairante.
A tout bientôt,
Théo
On ne peut visiblement que l'aimer... Pour une passionnée comme moi....ça donne sacrément envie de le lire... !
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